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Retour en France: l’union fait la force

Anne-Laure Fréant, fondatrice en 2015 du site Retour en France et auteure du Guide 2016 (l’édition 2017 est en préparation), a vécu six ans à l’étranger, entamant son périple par un PVT au Québec. Rentrée en France il y a deux ans, confrontée comme beaucoup à des démarches et à l’incompréhension des autres, elle a créé également un groupe Facebook d’entraide fort de plus de six mille membres. Ce dimanche, elle lance un appel que nous reproduisons ci-dessous.


Lettre à ceux qui connaissent l’importance de ce qu’ils ne font pas

Le 27 Novembre, en face d’un beau tableau.

Cher toi,

J’espère que cette lettre te trouve en bonne forme, positif, serein, aligné avec toi-même. Si ce n’est pas le cas, je te souhaite de trouver une chose à faire (ou justement, à ne pas faire) aujourd’hui pour que ça s’arrange.

Cela fait maintenant deux ans que le projet « Retour en France » a commencé.

Deux ans depuis la création du groupe facebook d’entraide qui compte aujourd’hui 6 412 membres et des centaines de posts, commentaires, messages privés dont j’ignore l’existence, rencontres improvisées dans plusieurs villes du monde dont j’ignore aussi, la plupart du temps, l’existence, pour l’apprendre parfois fortuitement des mois plus tard.

« Tiens, je t’ai pas dis, mais j’ai connu ton groupe en faisant un apéro sympa à Toronto ! »

« L’autre jour, à Kiev, une expat m’a dit quoooiiiii tu connais pppaaaaasss le groupe d’entraide pour le retour en France ? »

C’est génial, franchement.
J’espère qu’ensemble on arrivera à structurer tout ça pour que ce projet se déploie de toute son envergure, c’est à dire le monde des francophones nomades (pour l’instant), mais aussi le sujet du changement, du multiple, de l’inclusif, et des impacts que cela aura sur la société française (ses entreprises, ses emplois, sa culture, ses institutions) dans les années à venir.

(Si ça te parle, tu peux rejoindre le groupe de réflexion collective qui démarre enfin en vue de créer une structure ensemble début 2017. Laisse moi un petit mot pour être informé de la prochaine rencontre !).

En deux ans, j’ai l’impression d’avoir fait énormément de choses.
Mais le plus dur ce n’est pas ça.
Ce sont les centaines de choses que j’ai décidé de ne pas faire.

Même quand tout le monde te dit qu’il faut le faire.
Même quand personne ne comprends vraiment ce que tu veux faire.
Même quand tout le monde pense avoir compris et te prends pour une andouille parce que tu ne fais pas ce qu’ils te disent de faire.

Comme choisir entre une vocation commerciale et une vocation sociale, par exemple.

Ca recommence !
Tu ne peux pas être chti-franco-anglo canadienne !
Tu ne peux pas parler à moitié anglais, à moitié français !
CHOISIS, nom de dieu.
C’est terrible cette obsession du choix.

No thanks ! 

Car si on se plie toujours à choisir entre des catégories pré-existantes, on n’invente rien, on reproduit.
On continue avec ce caillou dans la chaussure que tout le monde se refile, ce truc pas pratique qui emmerde tout le monde depuis 75 ans mais « on va pas se plaindre, on a une chaussure ! ».

L’associatif pur ne permet pas de se rémunérer pour le travail que l’on fait.
Le commercial pur ne permet pas de valoriser le caractère social de ce que l’on fait.
Le scientifique pur ne permet pas de communiquer directement avec le grand public.

Et moi je veux faire les trois.

Parce que je crois que les réponses aux problématiques complexes d’aujourd’hui sont à la croisée de tout ça.

  • Répondre à des enjeux de société en mobilisant l’intelligence collective.
  • Impliquer toutes les parties prenantes dans la construction du savoir.
  • Vulgariser le savoir existant pour le rendre opérationnel et donc « commercialisable ».
  • Pérénniser la recherche en la finançant par une activité commerciale raisonnée.
  • Faire évoluer l’offre commerciale grâce aux nouveaux savoirs issus des recherches
  • Ouvrir la connaissance ainsi produite à toutes les parties prenantes, y compris le grand public.

BON. 
Simple, quoi ?

Je ne sais pas si on va y arriver, mais au moins on aura le mérite d’essayer quelque chose de nouveau, pour moi évident et nécessaire aujourd’hui.

Projet de recherche sur un sujet bien précis (« soigner ceux qui bougent entre les cultures et entre les mondes »), notre initiative sera aussi et surtout un laboratoire sur les méthodes de travail du monde de demain.

La vraie thématique, c’est le changement et comment nous le vivons, en tant qu’êtres humains qui ont besoin d’ancrage et de sécurité pour vivre.

On y fera de l’interculturel, en vrai.

Privé ET public.
Commercial ET social.
Durable ET innovant.
Pointu ET accessible.

Soyez fiers de ce que vous ne faîtes pas.
Souvent, il y a une bonne raison 🙂

Très belle semaine,

Anne-Laure

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Christian Estrosi à New York pour vanter sa ville, entre autres

De New York: Franck Rapaport

Ce lundi 13 octobre, le maire de Nice Christian Estrosi est venu au consulat de New York présenter la métropole Nice Côte d’Azur. Dans ses bagages, il avait emmené deux députés : Rudy Salles, aussi adjoint au maire de Nice chargé du tourisme et des affaires internationales, ainsi que celui de notre circonscription, Frédéric Lefebvre.

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Après une courte introduction en anglais du consul, Christian Estrosi, les yeux sur ses notes, a parlé à son tour (mais en français). Devant un public choisi pour être acquis à sa cause, M. Estrosi s’est d’abord lamenté sur l’état de la croissance française, en contraste avec d’autres pays d’Europe : les chiffres allemands étant mauvais, il a cité l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie. Il a raconté comment, ministre de l’économie, il avait réussi à obtenir des investissements du grand emprunt dans sa ville -il a parlé de ‘délit d’initié’ en riant, mais je pense qu’il voulait dire “conflit d’intérêt” et que ce n’était pas très drôle-. Il a ensuite souligné qu’il avait demandé à ce que la Promenade des Anglais soit inscrite au patrimoine de l’UNESCO, ce qui l’a emmené vers une confusion entre l’UNESCO et l’ONU et une analyse internationale très fine dans laquelle se mêlaient « la menace islamique », Israël « qui a le courage d’être la seule démocratie de la région », le Hamas « et leurs copains du djihad »et de « ce qui se passe dans nos caves » [tous les termes entre guillemets sont des citations exactes].

A la fin de ce discours, un chanteur lyrique est monté à ses côtés pour entonner, accompagné de messieurs Estrosi et Salles Nissa la Bella, l’hymne de Nice. J’aurais aimé discuter avec Frédéric Lefebvre, mais celui-ci a déguerpi aussitôt, non sans avoir serré la main du rabbin Mickaël Cohen. Il ne me restait donc plus qu’à m’abreuver au cocktail gratuit heureusement servi pour me remettre de cette rude épreuve.

Vente du consulat général de France à Québec: une réaction tardive

Les députés français sont en vacances depuis le 23 juillet au soir. Il leur aura fallu plus de trois mois pour réagir à la vente prochaine de la bâtisse historique de la rue Saint-Louis, qui depuis 1980 sert à la France de représentation diplomatique.

Cette vente, que nous avions annoncée en avril dernier après l’avoir repérée parmi les cessions à l’étranger de biens immobiliers par le ministère de l’Économie et des Finances, a été annoncée à son tour par Le Journal de Québec (JdQ) en juillet.

Le JdQ n’a pas choisi sa date d’annonce au hasard: c’est le 14 juillet, jour de notre Fête nationale, que Taïeb Moalla -spécialisé dans les affaires municipales- a publié l’entretien qu’il avait eu quelques jours plus tôt avec Nicolas Chibaeff, Consul général de France à Québec. La version Internet des explications du Consul général est à lire ici, datée du 13 juillet au soir. En spécialiste de la vie locale, Taïeb Moalla estimait même le compte de taxes à 91.000$ annuels, expliquant que la représentation diplomatique française en était exonérée. Quant au prix de vente (trois millions de dollars), il figure sur le site de Century21: c’est à peine plus que l’évaluation municipale que nous avions publiée en avril.

Ce n’est donc qu’après la lecture du JdQ -vraisemblablement par l’un de ses assistants alors qu’il se trouvait lui-même sur le continent américain pour le 14 Juillet- que le député des Français d’Amérique du Nord Frédéric Lefebvre a réagi sur son site Internet, demandant au ministre des Affaires étrangères de revenir sur la décision de la France. Et ce jeudi, le lendemain donc, que l’AFP publie la réaction du groupe parlementaire France-Québec, relayée notamment sur le site de Radio Canada.

Sur Twitter, le Consulat général annonce du reste un entretien avec Nicolas Chibaeff à suivre ce soir sur la Tv publique.

Depuis avril 2013, Soir Américain traite de son mieux l’actualité politique, diplomatique, et parlementaire françaises qui peuvent affecter la vie quotidienne des ressortissants français vivant au Canada et aux USA. Certes, nous avons moins de mises à jour que certains sites Internet comme L’Outarde Libérée à Montréal ou French Morning dans diverses villes des USA, mais nous ne sommes que deux, contrairement aux autres, à chercher l’information et à la traiter. Et dans le cas précis de la vente annoncée par le ministère de l’Économie de la « Maison Kent », si nous étions les premiers à en faire état nous ne pouvions à l’époque obtenir sur le plan local qu’une confirmation non officielle, contrairement au Journal de Québec qui a saisi une occasion plus propice pour faire parler le Consul général de façon officielle.

De là à penser que les parlementaires français -y compris l’élu des Français d’Amérique du Nord- accordent plus de crédit à un média ayant pignon sur rue qu’à un blogue pourtant tenu par deux Français, il n’y a qu’un pas… qui montrerait hélas que les élus français ont encore du progrès à faire en matière d’information numérique. N’est-ce point Frédéric Lefebvre qui, en juin, déclarait au Figaro que « Internet est un lien privilégié avec notre pays »?

Pourquoi voulez-vous rencontrer un parlementaire de l’opposition?

Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé, sera dans la banlieue de Québec dans une semaine. Il est annoncé comme intervenant le vendredi 13 lors du 6e Colloque international sur la gestion des risques, auquel participent notamment des Canadiens, des Québécois, des Français et des Belges. Mais le Consulat général de France à Québec a une autre façon de présenter la chose…

Un courriel expédié hier aux ressortissants français inscrits au consulat et leur proposant de participer à un cocktail indiquait ceci:

Le Consulat vous informe de la prochaine visite à Québec, dans le cadre
d’un voyage d’études, de M. Xavier Bertrand, ancien ministre, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).
M. Bertrand serait heureux d’inviter les membres de la communauté française qui le souhaitent à une rencontre. Celle-ci se tiendra, sous la forme d’un cocktail, vendredi 13 juin de 17 à 19 heures.
Le Consulat vous serait reconnaissant de bien vouloir lui faire part de votre
intérêt pour cette rencontre, en précisant vos motivations, dans la mesure du possible.

Il convient de savoir que, lorsqu’une personnalité vient à Québec, ce sont les services du protocole qui généralement s’occupent de son agenda. Ainsi, une rencontre prévue entre Soir Américain et Frédéric Lefebvre avait été annulée en mars dernier peu après que le rendez-vous avait été fixé. Lorsque le même Frédéric Lefebvre, député de la 1e circonscription des Français de l’étranger, se déplace à Montréal, c’est l’UMP qui gère son agenda, nous avait expliqué à cette époque un responsable de ce parti.

Mais c’est la façon qu’a le Consulat général de présenter la chose qui ne manque pas de surprendre:
– d’une part, il est question de « voyage d’études » sans aucune précision
– d’autre part il faut « dans la mesure du possible » préciser les « motivations » qui font que l’on répond à cette proposition de rencontrer Xavier Bertrand.

De la part des services diplomatiques, supposés être particulièrement neutres, c’est d’autant plus choquant que ce n’est pas non plus dans les mœurs lorsque vient un ministre ou le député de la circonscription. Du reste, M. Bertrand, outre qu’il a été ministre de la Santé, est un parlementaire de l’opposition qui est censé représenter l’ensemble des Français, même s’il est élu sur un territoire.

Une rapide recherche (pas sur le site du député, qui reste discret sur ce point) montre que Xavier Bertrand interviendra le vendredi 13 juin en fin d’avant-midi sur le thème de la « Présentation d’un partenariat pour le Village québécois de la prévention« .

Assureur de profession, Xavier Bertrand a reçu en novembre 2013 -à l’occasion d’un colloque sur le thème de « la ville face aux risques et défis à venir » organisé sous l’égide de la ministre du Commerce extérieur de l’époque Nicole Bricq- le Label Gestion des risques territoriaux. La ville de Saint-Quentin (dans l’Aisne) qu’il administre a créé un poste de « risk-manager« .

Il s’est par ailleurs déclaré dès septembre 2012 candidat à la primaire UMP pour l’élection présidentielle de 2017.

Comme il « serait heureux« , selon le Consulat général de France à Québec, « d’inviter les membres de la communauté française qui le souhaitent à une rencontre« , voilà au moins deux « bonnes » raisons à invoquer pour « se justifier » auprès des autorités françaises. Reste que l’on ne sait pas ce qui sera fait des « lettres de motivation« .

Comment se planter au Québec

20140223-152652.jpgLe collectif Souriez-vous! (anciennement Souriez, vous êtes Français!) a commencé à publier ce mois-ci une -ambitieuse- série de 21 billets sur le thème Comment se planter au Québec?.

Prévue pour être publiée jusqu’à l’été (le 21 juin 2014), cette série est assez drôle à lire et donne plein de conseils pour échouer son intégration au Québec, précisant d’emblée que, même si on y parle le français, on est en Amérique du Nord. Ce que pas mal d’immigrants n’ont pas en tête avant l’atterrissage, hélas.

La série est publiée depuis le 2 février sur le site de Souriez-vous! Pour la retrouver sans son intégralité, il suffit de cliquer ici. Bonne lecture, et prenez-en de la graine!

Laissez-nous nos bureaux de vote et nos papiers d’identité!

La Cour des comptes a rendu public, mardi 29 octobre 2013, un rapport sur l’évolution des missions et de l’organisation des consulats français à l’étranger à la demande de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale. Vous pouvez consulter le rapport ici, si vous le souhaitez dans son intégralité. Nous avions pensé dans un premier temps en faire une présentation, dans un deuxième temps plutôt examiner certains angles… et ce mercredi c’est le sénateur (PS) Richard Yung qui dégaine le premier sur son blogue. Alors, pour une fois que nous sommes en désaccord avec lui, autant partir de sa synthèse: ce sera plus court.

Le réseau consulaire français est l’un des plus développés au monde. Lorsque la Cour des Comptes a bouclé son rapport (en septembre), il se composait « de 92 consulats généraux et consulats, de 130 sections consulaires d’ambassade, de cinq chancelleries détachées et d’une antenne consulaire ». Des annonces de fermetures ont été faites en août par le président Hollande, dont les premiers effets se sont fait sentir précisément au JO du 29 octobre dernier. Près de 3.400 agents, avec un budget de 357M€ de crédits en 2013, s’ocupent d’une population estimée à deux millions de Français installés à l’étranger, auxquels s’ajoutent « de l’ordre de 14 millions de Français de passage à l’étranger chaque année ». Les postes consulaires gèrent donc l’ordinaire, le quotidien des expatriés -y compris des rendez-vous exceptionnels comme les élections-, mais aussi l’urgence qui peut concerner de simples touristes.

« La logique du «toujours plus» se heurte à la finitude des ressources budgétaires », écrit Richard Yung, estimant le système actuel « saturé » et « à bout de souffle ». En lisant sa biographie, on peut penser que le sénateur, fils d’un ingénieur géomètre-topographe des colonies, a noté au long de sa vie une évolution du réseau consulaire français. Et c’est tant mieux. De là à parler d’une logique du « toujours plus », il faut relativiser: ce que le sénateur Yung a pu observer en plusieurs décennies, il devrait s’en réjouir; d’autant que les modes de vie ont évolué après les années 70, que l’informatique est progressivement entrée dans les administrations dans les années 80-90, et que de plus en plus de gens des pays développés (dont la France) voyagent, pour leur agrément ou pour leur travail. Ces évolutions étaient somme toute normales.

Mais déjà les premières restrictions budgétaires arrivent: en 2014, le budget du Quai d’Orsay devrait représenter 1,28% des dépenses prévisionnelles de l’Etat, contre 1,34% en 2012. La lecture de ce bleu budgétaire (notamment en page 13) montre une baisse de 25M€ des dépenses extérieures (enseignement, culture, recherche, diplomatie d’influence) entre 2013 et 2014. Les coupes se retrouvent jusque dans la promotion du français (5M€ de moins en 2014). Le « toujours plus » n’est pas vraiment au rendez-vous…

Simplifications administratives

« Outre la judicieuse dématérialisation des procédures administratives engagée avec la création de l’application Monconsulat.fr et qu’il faut encore développer, ne pourrait-on pas faire coïncider l’inscription au registre mondial des Français établis hors de France et l’inscription sur les listes électorales? », s’interroge Richard Yung.

L’inscription au registre est facultative, comme le précise le MAE, même si elle est chaudement recommandée dans certains pays, et très utile dans certaines circonstances. L’inscription sur les listes électorales, elle, est obligatoire (article L. 9 du code électoral). Pourquoi donc un souhait (celui de signaler sa présence à un consulat) entraînerait-il une obligation (celle de modifier sa situation électorale)? Une telle modification ne conduirait-elle pas -mécaniquement- à une désertification encore plus grande des bureaux de vote, ne serait-ce que de la part des migrants de courte durée, comme les étudiants?

Modalités de vote à l’étranger

Le sénateur Yung estime que « les Français ne s’y retrouvent plus » entre les quatre modalités de vote (vote électronique, vote à l’urne, vote par correspondance, et vote par procuration), d’autant « que certaines modalités de vote sont possibles pour une élection, mais pas pour une autre ». Et déplore le taux de participation extrêmement faible, qui fait que les élections coûtent plus cher qu’en France. « Si l’on devait retenir seulement deux modalités de vote comme le suggère la Cour, je proposerai de conserver le vote électronique qui a rencontré un franc succès aux élections législatives et le vote par correspondance. Le vote à l’urne pourrait être supprimé », écrit-il.

La généralisation du vote électronique, avec les ratés et les incompatibilités matérielles qui ont été relevés tant aux législatives de 2012 qu’aux partielles de 2013 est une erreur morale. Dans notre foyer (loin d’être sous-équipé en PC comme en Mac) nous n’aurions pas pu voter en 2013 sans procéder à une reconfiguration dont nous ne voulions ni l’un ni l’autre. Et c’est sans tenir compte des personnes non équipées en informatique, ou dans les contrées où l’électricité est défaillante. Il resterait le vote par correspondance, dans ce cas? Et les délais postaux? Comment concilier une campagne électorale déjà difficile pour les candidats avec un vote qu’il faudrait faire à l’avance pour cause d’acheminement postal?

Le vote à l’urne doit être conservé dans tous les pays où il est toléré par les autorités. D’autant qu’il représente un moment de convivialité, où l’on croise des compatriotes que l’on n’a pas forcément l’occasion de voir dans la vie quotidienne.

Passeport et Carte nationale d’identité

Le sénateur Yung endosse les propositions n°2 et 3 du rapport de la Cour des Comptes, qui préconisent respectivement la revalorisation des droits de chancellerie « et en particulier le tarif de délivrance des passeports à l’étranger » et « une réflexion sur la limitation des conditions de délivrance des cartes nationales d’identité à l’étranger ».

Selon le sénateur Yung « l’utilité de la carte d’identité dans [les pays hors UE] ne va pas toujours de soi ». Mais lorsque l’on voyage en France (et pour ma part il y a eu trois séjours en 2013 et il va y en avoir trois autres en 2014), avoir sur soi sa carte d’identité est bien plus pratique -et moins encombrant- que son passeport. J’ai pour habitude de laisser mon passeport en sécurité, afin d’être certain de le retrouver pour reprendre l’avion en direction de Québec, et de me promener avec ma CNI, comme lorsque je vivais en France. Je ne tiens pas à me retrouver « coincé » dans mon propre pays, où je ne peux plus justifier des documents nécessaires pour me faire établir un document officiel, et perdre aussi mon billet d’avion!.. Pourquoi aurais-je moins de possibilités pour justifier de mon identité qu’un Français domicilié en France?

Quant au passeport, dont nous avons tous besoin, le sénateur PS suit la proposition de la Cour des Comptes, qui est d’aligner son prix sur celui de la France. En théorie, le décret n°81-778 du 13 août 1981 (Laurent Fabius était au Budget) prévoit un timbre de 69€ pour un passeport (avec la revalorisation intervenue au 23 mars 2012). Or les consulats ont pour habitude de pratiquer le tarif français de 89€, bien que le coût de revient d’un passeport soit estimé par la Cour des Comptes à… 35€ en moyenne (page 30 du rapport). En clair, en facturant à l’usager 20€ de trop et en délivrant 200.000 passeports par an (211.665 en 2011 et 221.140 en 2012), le MAE encaisse chaque année grosso modo 4M€ de plus que ce que les textes prévoient. Et la Cour des Comptes (suivie par Richard Yung) traîne des pieds pour des cartes d’identité hors Union européenne qui reviendraient 2M€ par an? On marche sur la tête.

Code civil (français) à l’étranger

Étrange question écrite que celle posée par le député Frédéric Lefebvre le 1er octobre à la ministre des Droits des Femmes.

La question n°38871 porte sur le divorce aux États-Unis « et particulièrement en Arizona », où des cas de pension alimentaire non versée ont été rapportés au député de la première circonscription. La question de M. Lefebvre, si louable soit-elle, est surprenante à plusieurs égards.

D’une part, un député est député de la Nation. Et Frédéric Lefebvre le sait, qui vient de se lancer dans le débat sur le travail dominical, débat qui, vu du Canada comme des États-Unis, ne veut pas dire grand-chose. Partant de là, il aurait pu élargir sa question au-delà de l’Arizona, au-delà des États-Unis même, et demander à la ministre non pas des Droits des Femmes mais de la Justice la liste des pays où il n’existe pas de convention.

D’autre part, outre que Frédéric Lefebvre a déjà été -certes brièvement- législateur, il est avocat. Il devrait donc savoir que le divorce de deux Français à l’étranger est applicable de plein droit en France sauf pour les dispositions matérielles ou la coercition sur les personnes. Les pensions alimentaires, qui relèvent des dispositions matérielles du divorce, font l’objet d’une rubrique sur le site du MAE (mais pour celles et ceux qui résident en France uniquement).

Par ailleurs, dans l’exemple qu’il donne, le député ne précise pas si les époux se sont mariés en droit français ou en droit américain. Le député ne dit pas non plus si les divorcés ont respecté la procédure indiquée par tous les consulats (comme ici à Los Angeles, sur la circonscription dont il est l’élu), en fonction que le mariage a eu lieu en France ou à l’étranger. Ni si les services notariaux du consulat ont été consultés.

Les notaires de France rappellent ici les différents cas (en Union européenne et hors Union), et précisent qu’il est possible de divorcer à Paris, dans le cas où aucun des époux ne dispose de résidence en France. Les notaires ne prévoient rien, évidemment -ce n’est pas leur rôle- pour les créanciers qui continueraient à résider à l’étranger à l’issue du divorce français.

Copier-coller ministériel

Les agents recrutés localement par les ambassades et consulats ne peuvent prétendre à une indemnisation s’ils perdent leur emploi et retournent s’installer en France.

La sénatrice PS Claudine Lepage avait soulevé le problème en avril après que le Défenseur des Droits a estimé qu’il s’agissait d’une injustice. La réponse a été publiée en juin. En résumé: on va y réfléchir, c’est vrai, c’est préoccupant mais c’est ainsi.

À son tour, en mai, le sénateur PS Richard Yung pose à peu près la même question, avec à peu près les mêmes arguments, au MAE. La réponse est tombée le 26 septembre -la faute aux vacances, peut-être. Les employés du ministère qui l’ont rédigée ne se sont pas trop foulés, selon ce que l’on peut lire ici.

Si des parlementaires soulèvent la question, c’est parce qu’un expatrié qui travaille pour une société de droit privé pourra, s’il justifie de six mois de cotisations dans les douze derniers mois, percevoir l’allocation temporaire d’attente (ATA, lire sur Service Public). Soit 336€/mois sans aucune activité. Mais un cumul avec une petite activité est possible, ce qui est mieux que rien. Un ancien employé du Ministère étant par essence exclu du champ de compétence de Pôle emploi, il n’y a pas droit.

Si vous avez un job dans un consulat ou une embrassade et que vous le perdez, il vaut mieux, donc, ne pas envisager de rentrer en France. Pôle-emploi n’est pas « la Patrie reconnaissante »…

A New York, un centre communautaire racole pour Lefebvre

On savait Nicolas Sarkozy proche de la communauté juive française, lui qui se prévalait d’un score à la soviétique en Israël au second tour (92%). Ce qu’on sait moins, sauf à être très attentif aux messages postés sur Twitter par le candidat de l’UMP (comme ici sous le panneau EXIT ou là deux mois avant le premier tour) c’est que Frédéric Lefebvre a opéré une grande opération séduction à l’endroit de la communauté juive du continent nord-américain. Au moins des Loubavitch de New York. Depuis une semaine, une vidéo circule même sur Internet.

Paraphrasant quarante ans après Les Aventures de Rabbi Jacob, on pourrait résumer cette vidéo par: « Rabbi Lefebvre il est venu de Neuilly, Rabbi Lefebvre il s’est levé, Rabbi Lefebvre il va danser… Rabbi Lefebvre il va parler! ». Et le candidat de l’UMP, en son temps décoré par l’union des patrons juifs de France pour sa lutte contre le partage de la Palestine (une ingérence au doux nom de « lutte contre l’antisionisme »), ne tarit pas d’éloges envers le Rabbin Mikhael Cohen.

Comme l’indique la page d’accueil « Loubavitch en temps réel », ce rabbin représente les orthodoxes de New York (on y accède par la colonne la plus à droite). Début mai, le rabbin Cohen s’affichait avec Jean-François Copé. Jusque là, rien de bien grave: pour élire un représentant du peuple dans une assemblée laïque, rien n’interdit de fréquenter une communauté religieuse…

Mais là où le bât blesse, c’est quand, le 3 juin, une partie des électeurs de la circonscription a reçu ce message par courriel. Les électeurs de la première circonscription des Français hors de France ont été « choisis » manifestement à la fois sur leur domiciliation géographique (LEC de New York uniquement) et sur la consonance de leur patronyme. Les destinataires que Soir Amérique est parvenu à joindre avaient tous un nom d’origine juive. L’un d’eux, par ailleurs, a reçu ce message (d’où est extraite la vidéo ci-dessus) sur une boîte mail dont il ne se sert que pour une utilisation professionnelle et pour sa correspondance avec le consulat général.

On se souvient peut-être des cris d’orfraie lancés en France en avril 2012 par des membres de l’UMP alors que les supposés « appels musulmans » à voter Hollande n’étaient que des rumeurs infondées.

Si l’on s’en réfère aux conditions de délivrance et d’utilisation des listes électorales consulaires (les fameuses LEC), rappelées ici après que Soir Amérique avait relevé leur usage par l’association Âme Nord pas encore créée,  ce détournement par les Loubavitch de New York est hallucinant à bien des égards.

1/ Peuvent se procurer les listes à la fois les partis politiques, les candidats ou leurs représentants, les électeurs. En gros n’importe qui. Sauf que l’utilisateur (l’expéditeur de l’appel à voter Frédéric Lefebvre) est « contact@ccfnewyork.com » [Centre culturel juif français & francophone de NY], qui n’est pas un électeur ni un parti politique ni un candidat à en croire sa page « Qui sommes-nous« . Un envoi communautaire du même message avec une adresse hébergée chez le candidat aurait été de moins mauvais goût.

2/ Ce tri sur une supposée religion, uniquement sur la base du nom, n’est pas sans rappeler le film de Joseph Losey Monsieur Klein, qui se passe au moment de la Rafle du Vel d’Hiv à Paris. C’est plus que maladroit, c’est scandaleux. Les témoignages parvenus mardi soir à Soir Amérique émanaient d’électeurs qui ne fréquentaient absolument pas les Loubavitch de NewYork et ne se préoccupaient pas plus que cela de la religion juive. Ils avaient juste le « tort » d’avoir un nom juif.

3/ Ce message est parvenu le 3 juin à 1h45 (heure de New York) dans les boîtes aux lettres. Le lendemain après-midi, à 13h33, un autre message parvenait aux mêmes destinataires, pour… annoncer la venue les 6, 8 et 9 juin aux USA de Enrico Macias. Il s’agissait donc là d’une utilisation des LEC dans un but purement commercial, avec une possibilité de réserver des places sur Ticketmaster.

Quand Frédéric Lefebvre et ses amis cesseront-ils de spammer les électeurs de la circonscription?

Transparence: bug pour les Français de l’étranger

Faite dans la foulée de l’affaire Cahuzac, la promesse de François Hollande de donner un peu plus de corps à la transparence de la vie politique française commence à se dégonfler. Et les Français résidant hors de France pourraient être les grands perdants de ce pas vers la moralisation. Explications…

Les annonces de François Hollande (résumées sur LeMatin.ch) avaient été diversement accueillies. Le président (PS) de l’Assemblée nationale Claude Bartolone était lui-même opposé à la publication du patrimoine des élus. Celle du patrimoine des ministres (sur le site du Gouvernement) avait donné lieu à des commentaires divers, comme ici ou .

Si pour les ministres le président a donné le tempo, pour les parlementaires* il n’en va pas de même: c’est à eux que revient la tâche de voter les lois. Le 24 avril étaient déposés un projet de loi d’une part, un projet de loi organique d’autre part.

Et c’est là que -pour le commun des mortels- les choses se compliquent. Les textes doivent arriver en séance publique, indique le député Jean-Jacques Urvoas sur son blogue. Auparavant, les 4 et 5 juin, ils seront discutés en Commission des lois, dont le député du Finistère est président.

Dimanche 2 juin, dans Les Echos, on apprenait la solution trouvée à l’initiative de la Commission des lois: une consultation avec interdiction de publication, à l’instar de ce qui existe en France pour les impôts. Les plus anciens d’entre-nous se souviennent peut-être que Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre de 1969 à 1972, s’était fait épingler par Le Canard enchaîné pour n’avoir pas payé d’impôts sur le revenu de 1966 à 1969. Le seul tort du Canard dans l’affaire fut d’avoir publié, pour étayer ses dires, un document fiscal, que les journalistes avaient le droit de consulter mais dont ils n’avaient pas le droit de faire état.

Ainsi, selon ce qu’explique le site Internet du Monde, un amendement indique: « Les déclarations de situation patrimoniale sont, aux seules fins de consultation, tenues à la disposition des électeurs inscrits sur les listes électorales à la préfecture du département d’élection du député ou, pour les députés élus par les Français établis hors de France, à la préfecture de Paris. Le fait de publier ou de divulguer, de quelque manière que ce soit, tout ou partie des déclarations, des observations ou des appréciations prévues au présent I est puni des peines de l’article 226 du code pénal ». De ce fait, « conserver ou détenir » tout comme « diffuser » ce genre d’information citoyenne sans le consentement de la personne pourrait coûter 60.000 dollars (45.000€).

Il est curieux que le législateur ait prévu que les Français de l’étranger aient besoin de se déplacer jusqu’à Paris pour se renseigner sur la sincérité de leur député, et non pas au consulat le plus proche, muni de leur carte consulaire voire, encore plus simple, d’aller voir sur MonConsulat muni des identifiants.

Samedi prochain, les électeurs de notre circonscription auront le choix entre un candidat qui a d’emblée fait état de son patrimoine et signé la charte Anticor puis a publié ses comptes d’entre-deux tours et un autre qui, jusqu’à présent, n’a toujours pas répondu aux questions de la candidate du Parti pirate.

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* les parlementaires ne sont pas les seuls élus concernés par le projet de loi en France, mais d’une part ce sont eux qui votent les lois et d’autre part seuls des parlementaires (sénateurs ou députés, donc) sont concernés parmi les représentants des Français de l’étranger, à qui le blogue de la 1ère circonscription s’adresse bien évidemment.