Archives Mensuelles: octobre 2016

Djihad, en ouverture de la conférence Québec UNESCO sur Internet et la radicalisation des jeunes

La pièce de théâtre Djihad, écrite et mise en scène par Ismaël Saïdi, a été présentée ce 30 octobre en ouverture de la conférence Québec Unesco sur Internet et la radicalisation des jeunes. Une pièce drôle-amère tout en nuances, saluée d’une ovation debout de tous les spectateurs.

L’histoire est désormais connue: trois « pieds nickelés du djihad », que l’on suit le long de leur périple chaotique jusqu’en Syrie. Arrivés là par des chemins différents, mais pas par hasard, et dont l’un des points communs est de n’avoir jamais lu le Coran: ces trois jeunes ont-ils vraiment fait le choix de partir combattre? Voici une tragi-comédie qui se déroule inéluctablement sous nos yeux, et dont les répliques ciselées, contemporaines, sont aussi drôles qu’âpres et caustiques. La pièce soulève autant de questions que l’on peut s’en poser lorsqu’on aborde le sujet de la radicalisation, et permet d’ouvrir ces deux jours de colloque sous de bons auspices.

« La mosquée, c’est l’endroit où je rêve qu’il y ait des bacs +5 dans différents domaines, mais aujourd’hui ça c’est pas le cas« , a précisé l’auteur lors du débat suivant la représentation. Pour lui, la prévention est centrale, et il pointe la mosquée « comme étant la solution« .

La pièce est un succès en Europe, en Belgique où elle attiré plus de 60.000 spectateurs et reçu le label d’utilité publique (ce qui permet aux écoles de recevoir des subventions pour que les enfants puissent assister à sa représentation) ou en France, où elle est jouée depuis septembre jusqu’en décembre, à Paris et ailleurs. Elle sera jouée à Montréal les 1er et 2 novembre à guichets fermés. Elle a été jouée devant les sénateurs français en octobre, à l’initiative de François Zochetto, président du groupe UDI-UC, et Nathalie Goulet, sénatrice UDI-UC de l’Orne et rapporteur de la mission d’information sur « l’organisation, la place et le financement de l’islam en France et de ses lieux de culte ».

Ce mois-ci, Ismaël Saïdi était l’Invité de TV5 Monde (Patrick Simonin). On peut l’entendre présenter sa pièce.

Primaire de droite et du centre: 6% des électeurs se sont préinscrits

Le nombre de Français inscrits sur les listes électorales consulaires (LEC) arrêtées en décembre 2015 et qui se sont préinscrits pour voter à la primaire de la droite et du centre en novembre s’élève, dans la 1ère circonscription législative des Français de l’étranger à 6% des électeurs. Un pourcentage très honorable, surtout s’agissant d’une nouveauté chez les électeurs de droite.

Le nombre provisoire au 19 octobre (1) des inscriptions validées sur l’ensemble des onze circonscriptions est de 56.531, soit environ 5% du corps électoral de la LEC mondiale (2), selon les chiffres communiqués à SoirAméricain par la Haute autorité chargée de veiller au bon déroulement de ce scrutin. Il reste environ 4.500 inscriptions à valider ou à rejeter (3), ce qui, dans le « meilleur » des cas amènerait le pourcentage mondial au niveau de celui de la 1ère circonscription, qui regroupe les États-Unis et le Canada. Le responsable de l’organisation de cette primaire, le député des Hauts-de-Seine Thierry Solère, se réjouit de l’inscription de plus ou moins 60.000 personnes, qu’il compare aux 7.000 électeurs hors de France qui avaient participé à la primaire socialiste de l’automne 2011.

Sur la 1ère circonscription, 9.115 personnes sont déjà inscrites, soit 1/6e des Français de l’étranger souhaitant s’exprimer pour seulement 1/10e des électeurs de la LEC mondiale. Dans les détails, 2.546 inscrits vivent au Canada, et 6.569 aux Etats-Unis. Le nombre d’inscrits aux USA est le même que dans la 3ème circonscription (la Suisse, 6.568), celui des Français du Canada est supérieur à celui de la 2ème circonscription (Amérique du Sud, 2.250), et avoisine celui de la 5ème circonscription (Andorre, Espagne, Monaco, Portugal, 2.625).

Le nombre des inscriptions est d’autant plus élevé que tous les candidats n’ont pas communiqué, du moins d’après les courriels que nous avons pu croiser. Outre le député Frédéric Lefebvre -qui finalement ne concourt pas-, il semble que seuls trois candidats ont écrit: Jean-François Copé, François Fillon (arrivé plusieurs fois dans les pourriels), et Alain Juppé (arrivé par deux fois en pourriel). Nous ne tenons volontairement pas compte des messages des divers comités locaux de soutien pour leurs envois, ne sachant pas s’ils agissent à la demande des candidats ou de leur propre chef. Il est probable que des électeurs en aient eu assez de ces divers messages, car parmi ceux arrivés directement dans la corbeille des indésirables figurait dimanche un député  ayant écrit depuis son adresse de l’Assemblée.

On peut fort légitimement penser que ceux qui se sont préinscrits voteront, puisqu’ils devaient, lors de l’inscription, donner leurs coordonnées bancaires afin de s’acquitter des frais des deux tours, qu’ils participent ou non au scrutin, qu’il y ait un bug informatique local ou non. En France, seuls ceux qui se déplaceront devront payer 2€ par tour auquel il votent.

Par ailleurs, lors des élections générales de 2012, les Français de l’étranger avaient moins voté que la moyenne nationale. Aux législatives (choix entre vote à l’urne et vote informatique), leur participation oscillait entre 12 et 26% (moins de 20% pour la 1ère circonscription), alors que la participation totale frôlait les 55%. À la présidentielle (vote à l’urne uniquement), seulement 42% des Français hors de France avaient voté, contre 80% pour la France entière.

Rien qu’en appliquant le ratio de participation le plus sage –deux fois moins de participation à l’étranger par rapport a la France-, la participation à cette primaire « de la droite et du centre » devrait être de l’ordre de deux millions et demi d’électeurs, le nombre de deux millions de participants étant suffisant pour combler les dépenses prévues par les organisateurs. Il est cependant fort probable que les trois millions soient dépassés: outre l’utilisation de plus en plus massive des médias sociaux, les sept candidats du premier tour de cette première primaire de droite passeront à la télévision française trois fois à 21h sur un total de cinq chaînes, alors que pour la primaire socialiste de l’automne 2011 avait eu ses trois débats pré-premier tour sur « seulement » trois chaînes, et que l’un de ces débats se déroulait avant 20h sur iTELE, qui plus est dans la foulée du renouvellement sénatorial.

Entre la primaire socialiste de 2006, qui a vu la victoire de Ségolène Royal au premier tour, et celle de 2011 où il a fallu deux tours pour que François Hollande émerge, on a pu mesurer l’importance de la télévision. La primaire de 2006 n’a été diffusée que sur les deux chaines parlementaires, et a attiré moins de 200.000 électeurs, alors que la primaire de 2011 a envoyé plus de deux millions et demi de personnes aux urnes, soit treize fois plus. Selon les chiffres Médiamétrie de l’époque, le débat diffusé à 18h sur iTELE avait attiré 4% de l’audience.

La droite, qui voici cinq ans dénonçait les méthodes du Parti socialiste, pourrait fort bien en tirer profit en novembre.

Notes:

(1) Les inscriptions pouvaient se faire jusqu’au dimanche 16 octobre inclusivement (heure de Paris), mais les règles indiquées sur le site Internet disaient « avant le 16 octobre ». Elles n’étaient automatiques que pour les électeurs inscrits sur la LEC en décembre 2015 et qui fournissaient aux organisateurs de la primaire les mêmes renseignements que ceux enregistrés par le MAE.

(2) Si plus d’un million et demi de Français figurent sur le Registre (1,6 million en 2012, 1,7 million en 2016) à peine plus d’un million étaient inscrits sur les listes électorales en 2012. Le premier chiffre permet entre autres de calculer les plafonds de dépenses électorales et d’attribuer les dotations de l’État aux postes consulaires, le deuxième concerne les scrutins. Ce ratio s’observe aussi en France.

(3) Les inscriptions en attente correspondent grosso modo aux jeunes qui auront 18 ans lors de la présidentielle, aux Français de l’étranger qui ont fourni des renseignements différents de ceux figurant sur la LEC lors de leur préinscription, à ceux qui ont tenté de tricher, mais aussi aux erreurs informatiques.

Un réseau mondial des coopératives de presse

À l’occasion du Sommet international des coopératives (SICoop), dont la troisième édition se tenait à Québec du 9 au 13 octobre 2016, des journalistes couvrant l’événement ont décidé d’unir leurs efforts « pour promouvoir plus que jamais les valeurs coopératives dans le monde ».

Sur les six journalistes à l’initiative de ce réseau, au moins deux étaient déjà venus à Québec en octobre 2012 et en octobre 2014 pour les précédentes éditions du SICoop; fondée en 2010 à l’occasion de la Conférence de Lévis (Québec) la Coop de presse Ensemble avait aussi été représentée à chaque édition du Sommet.

Ces six membres-fondateurs (trois femmes et trois hommes) disent avoir « bien saisi l’importance pour le mouvement coopératif de mieux se faire connaître auprès de la population [l’un des nombreux thèmes abordés la semaine passée à Québec, et sur lequel nous reviendrons] et entendent bien se saisir des enjeux de l’heure pour mettre en lumière la vitalité de ces entreprises partout dans le monde ».

Les personnes à l’initiative de NewsQoop-NQC (Nouvelles de Qualité Coopérative) affichent l’ambition de promouvoir les valeurs et principes de l’Alliance coopérative internationale (ACI, dont le siège est désormais transféré à Bruxelles) et privilégier les 17 objectifs de développement durable définis par l’ONU en 2015. Les journalistes à l’origine de cette structure proviennent d’Amérique du Nord (Canada et Québec) et d’Europe (Portugal et France). Il s’agit de (de gauche à droite sur la photo):

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Cinq des six fondateurs du réseau (photo DR)

– Carlos Wehdorn (région de Porto, Portugal), Cooperativa de Solidariedade Social Povo Portuense;

– Fernando Neves Rodrigues Martinho (Portugal), NewsCoop;

– Sarah Arthurs (Calgary, Canada), NewsCoop;

– Nathalie Deraspe (région des Laurentides, Québec), présidente de la coopérative de presse Ensemble;

– Paulo Jorge Teixeira (Rio Tinto, région de Porto, Portugal), président de Cooperativa de Solidariedade Social Povo Portuense;

– Viviane Neiter (Nancy, France), enseignante, conférencière, journaliste free-lance (absente de la photo, ayant dû quitter Québec pour Montréal dès la fin du SICoop).

Le réseau NewsQoop-NQC « permettra de partager information, reportages et expertises au sein des organes de communication de presse de chaque pays représenté », ses journalistes souhaitant « faire rayonner une information éthique de qualité ». Les six fondateurs se donnent deux ans pour finaliser leur projet en créant une coopérative mondiale de journalisme présente sur tous les continents. Pourquoi deux ans? Parce qu’à Québec dans deux ans devrait avoir lieu -comme chaque mois d’octobre des années paires- le prochain Sommet international des coopératives.

Soir Américain ayant assisté au SICoop 2016, n’hésitez pas à nous contacter [coordonnées par ici] si vous souhaitez être mis en contact avec l’un(e) des initiateurs(trices) de ce projet.

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Valls au Canada, au Québec, et à SPM: trois petits jours et puis s’en va

Initialement prévue en juin afin d’être à Saint-Pierre et Miquelon le 18 pour les festivités du Bicentenaire de la rétrocession, la visite de Manuel Valls au Canada, au Québec et à SPM avait été reportée à l’automne en raison de la situation en France.

Envoyé aux rédactions de France le 30 septembre, un communiqué précise que le Premier ministre se rendra « au Canada, y compris au Québec », alors que les rencontres alternées, instaurées en 1977, n’avaient pas vu la venue au Québec d’un Premier ministre français depuis mars 2013 (à l’époque Jean-Marc Ayrault, depuis devenu ministre des Affaires étrangères).

Le voyage de Manuel Valls sera dans les faits très bref: un départ de Paris le mercredi 12 octobre, à l’issue du conseil des ministres, une partie de la journée du 13 avec Justin Trudeau à Ottawa, ne laissant presque que le vendredi 14 à l’agenda pour la 19e édition des rencontres alternées: le Premier ministre a en effet décidé de se rendre sur l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon le samedi 15… Autant dire que tous les sujets n’auront pas le temps d’être abordés. On peut par exemple penser aux vétérinaires français, qui faisaient parler d’eux ces derniers jours, alors qu’ils revendiquaient déjà voici trois ans la reconnaissance de leur qualification. De même, Radio Canada annonçait peu avant le report de la venue de Manuel Valls que près de deux cents médecins français restaient sur le carreau au Québec, moins de cent cinquante (selon les calculs du consulat général de France à Québec) ayant vu leurs diplômes validés suite à l’entente signée au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy…

Bonne nouvelle toutefois: le projet d’un centre de recherche maritime à Rimouski n’attend plus que les signatures, indiquait à L’Avantage la nouvelle consule générale Laurence Haguenauer. Ce centre de recherches franco-québécois est destiné à analyser les aspects environnementaux, économiques et sociaux de la stratégie maritime. Et s’il se trouvera à Rimouski, ce n’est pas un hasard: c’est à que depuis 1944 se trouve ce que l’on appelle de nos jours l’Institut maritime du Québec (IMQ).

Bien que l’agenda officiel n’ait pas encore été diffusé, il parait très improbable que l’hôte de Matignon fasse un tour au Sommet international des coopératives, puisque cette troisième édition se termine le 13 octobre. En 2012, pour la première édition, Benoit Hamon avait assisté au pré-sommet puis était reparti en France avant les réunions ouvertes à tous les participants; en 2014, lors de la 2e édition, Carole Delga s’était adressée aux participants par le biais d’une vidéo enregistrée à l’avance, du fait du décalage horaire.

À Saint-Pierre, le Square Joffre -en hommage aux marins disparus- a été inauguré samedi 1er octobre. Un risque de moins pour Manuel Valls de croiser le président de la collectivité territoriale Stéphane Artano, qui avait écrit fin avril au Premier ministre pour lui dire qu’il ne comptait pas le recevoir.