Archives Mensuelles: juin 2014

Frais de scolarité: la ministre parle à Paris

La ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie Mme Christine St-Pierre était en déplacement à Paris du 21 au 26 juin. Juste avant de reprendre l’avion pour rentrer au Québec, elle s’est entretenue avec un correspondant parisien du Devoir, entre autres au sujet des frais de scolarité.

photoLa ministre St-Pierre a expliqué au Devoir (article payant) que la hausse des frais de scolarité pour les Français venant au Québec n’est pas négociable.

Comme nous l’avions expliqué ici fin mars en pleine campagne électorale, Philippe Couillard (sorti vainqueur des urnes lors du scrutin provincial) avait emboité le pas de la Première ministre sortante Pauline Marois en annonçant la révision -voire la fin-de l’accord franco-québécois.

Dans Le Devoir, Mme St-Pierre s’explique: « Je pense qu’ils [les Français] ont très bien compris. On va demander à tous les Québécois des sacrifices. Nous sommes dans une situation où on a un déficit budgétaire important […] Je n’ai pas senti de résistance là-dessus », indique la ministre St-Pierre au grand quotidien montréalais.

Selon ce que Christine St-Pierre a expliqué au Devoir, l’alignement des frais de scolarité des Français sur ceux des étudiants canadiens au lieu des étudiants québécois:
– sera décidé après réunion d’un comité de négociation;
– pourrait ne pas toucher les étudiants déjà inscrits dans une université québécoise;
– ne s’appliquera pas à l’année 2014-2015, le budget étant déjà finalisé et les étudiants déjà inscrits (sans compter les difficultés techniques que cela poserait aux administrations des diverses universités, NDLR);
– pourrait faire l’objet d’une exemption, un nombre limité d’étudiant français -par exemple un millier, soit le nombre d’étudiants québécois en France- restant au « tarif Québec », le reste des 18.000 (soit 17.000) passant au « tarif Canada », selon des critères que Christine St-Pierre n’a pas détaillés au Devoir.

Le quotidien précise par ailleurs en page 10 du cahier A que « La France, elle, n’impose pas de droits supplémentaires aux étudiants étrangers ». En effet, les universités françaises, publiques, ne font payer (pour l’instant) que des droits minimes, non comparables aux pays anglo-saxons, et seules les « grandes écoles » appliquent des tarifs assez élevés, dont les revalorisations sont régulièrement publiées au Journal officiel.

En revanche, lorsqu’en première page du même cahier Le Devoir dit que l’alignement des étudiants français sur leurs homologues canadiens représente « une hausse de 230% », il se trompe: comme nous l’indiquions en mars en publiant trois exemples, la hausse serait de l’ordre de deux mille dollars, soit une augmentation de l’ordre de 140%.

L’annonce de la ministre en charge des Relations internationales, si elle est validée par le Premier ministre (qui, rappelons-le, en avait fait un engagement de campagne) et par le ministre en charge des Finances, met donc un terme au combat conjoint du député des Français d’Amérique du Nord Frédéric Lefebvre et du tout jeune élu à Montréal Michaël Pilater, tous deux de l’UMP. Lors de la campagne pour les élections consulaires, que ce soit sur la circonscription consulaire de Québec ou celle de Montréal, nombreux étaient les candidats qui faisaient du maintien de ce qu’ils considéraient comme des « droits acquis » l’un de leurs objectifs. Les conseils consulaires n’étant par définition que consultatifs, ce qui ne concerne que 18.000 des deux millions de Français résidant à l’étranger risque donc fort de passer aux oubliettes, dans l’intérêt des bonnes relations entre la France et le Québec.

Publicités

Dissensions « à gauche »: les femmes en pâtissent

Les résultats des élections à l’Assemblée des Français de l’Étranger ont réservé quelques surprises au Canada et aux États-Unis.

Au Canada, les 18 conseillers consulaires devaient répartir leurs votes entre quatre listes, dont la composition en avait déjà étonné plus d’un. Sur les 18 votants, 15 seulement étaient « exprimés« .

AFE_resultats_Canada

Chaque tête de liste (tous des hommes) est donc élue, à la faveur d’un report de voix qui a surpris la liste « Rassemblement des Français Progressistes et Solidaires ». Théoriquement, en effet, la gauche de gouvernement pouvait compter sur 5 voix (deux élus à Québec, deux élus à Montréal, et l’élu du Front de Gauche), et en a recueilli cinq. Mais la liste en espérait au mois six, et donc l’élection de deux représentants, puisque l’on apprend aujourd’hui de la part de Brigitte Sauvage que l’élue de Québec, Nathalie Bonneu, n’a pas voté pour eux:

Un spécial déméritas, à l’élue de Québec qui n’a pas soutenu sa propre liste, fait perdre un élu à la gauche pluriel à l’Assemblée des Francais de l’Etranger et permis la réélection de Monsieur François Lubrina qui a bien failli cette fois ne pas s’en sortir avec ses trois misérables de voix dont celle de sa seconde de liste qui s’est fait élire grâce à l’utilisation non autorisée du logo d’un parti politique de gauche dont elle n’est même pas membre !
Ses électeurs sauront apprécier ses explications !

Brigitte Sauvage, incompréhensiblement mise en deuxième position, croyait encore il y a deux jours en sa réélection: en clair, elle savait le Front de Gauche acquis et qu’un(e) élu(e) voterait pour cette liste. De ce que nous savons de Québec, l’accouchement de la liste « Rassemblement des français de gauche » s’est fait dans la douleur. La tête de liste (Jérôme Spaggiari) avait à la base envisagé en deuxième position une militante socialiste de longue date qui, par la suite, s’est retirée (et s’est retrouvée finalement en quatrième position). Les écologistes et les socialistes avaient attendu début mars pour stopper toute négociation avec le Front de Gauche qui souhaitait la deuxième place sur la liste. Front de Gauche, qui, à Montréal, n’a pas trahi ses idées.

Aux États-Unis, la droite remporte quatre des sept sièges, les « indépendants » deux. La liste menée par Annie Michel a recueilli huit voix, alors qu’elle en espérait 10:

Les résultats du vote des conseillers consulaires de l’AFE aux États-Unis viennent d’être communiqués.
. 17 voix pour l’UMP
. 11 voix pour les « indépendants » de droite
. 8 voix pour la gauche
Nous constatons, avec regret, que sur 10 bulletins de la liste « Français de Gauche des États-Unis », 1 bulletin est nul (car complètement barré !!!) et une voix s’est portée sur une liste de droite conduisant à la perte du deuxième siège que nous aurions dû remporter. Mais ce n’est pas une complète surprise…

En Amérique du Nord, ces élections auront donc été remportées par la droite, et par les hommes (sept sièges sur 11). L’union des gauches ne s’est cependant pas effritée dans le monde entier. Ainsi, en Afrique du Nord, la liste d’union a remporté trois sièges, et fait élire deux femmes.

Bourses scolaires: un « bilan positif »

Fleur Pellerin, Secrétaire d’État en charge des Français de l’étranger, dresse un « bilan positif » des bourses scolaires.

Dans un communiqué, elle précise qu’un élève sur cinq (21% des Francais scolarisés dans le réseau d’enseignement français à l’étranger) est boursier. « 42% des familles boursières » ont obtenu une aide de 100% des frais.

Au total, la commission nationale des bourses, qui se réunissait cette semaine, a émis un avis favorable à l’attribution d’une bourse à 21.941 élèves.

Pas de compte bancaire pour les sénatoriales

Les candidats aux élections sénatoriales du 28 septembre prochain (décret de convocation à lire ici) ne pourront pas disposer de compte bancaire au Canada ni aux États-Unis.

En effet, en application de l’article L 330-6-1 du Code électoral sur les mandataires locaux et les pays où il est possible d’ouvrir un compte spécial, l’arrêté du 12 juin (publié au JO du 15 juin) ressemble à s’y méprendre à l’arrêté du 5 octobre 2011 pris pour les législatives 2012, qu’il annule et remplace. Le seul pays à faire son entrée dans cette liste est le Soudan du Sud, qui avait pourtant pris son indépendance – et sa monnaie propre- en juillet 2011.

Un autre texte publié également cette nuit fixe à 52.600€ le plafond de dépenses par liste de candidats.

Le duplex du 740 Park Avenue (enfin) à vendre

Après plus d’un an d’annonces plus ou moins médiatisées, la France publie au JO de ce vendredi 13 juin un arrêté autorisant la cession amiable de l’appartement des 12e et 13e étages du 740 Park Avenue, à New York.

Ce duplex prestigieux de 588 mètres carrés (que l’on peut voir chez Sotheby’s) avait fait l’objet en mai 2013 d’une question écrite du député UMP du Bas- Rhin Éric Straumann et d’une annonce du journal en ligne French Morning. Puis l’information avait été reprise sur Challenges en juillet 2013.

Certains médias ayant la mémoire courte, le même Challenges donnait à nouveau cette information le 10 avril 2014, reprenant mot à mot une dépêche Reuters parue une heure plus tôt. Comme ce n’était sans doute pas assez, Challenges en remettait une couche dès le lendemain.

D’autres médias suivaient, sans aucun recul, sans se pencher -par exemple- sur le principe des co-op, pourtant déjà expliquées en 2011 par Reuters notamment. Sans se pencher non plus sur un autre joyaux français à vendre, certes moins cher sur le papier mais bien plus ancien et chargé d’histoire, le consulat général de France à Québec.

Et ce n’est que depuis cet arrêté du 3 juin publié au Journal officiel du 13 que la vente peut enfin commencer à se faire. Le duplex en question étant la résidence de l’ambassadeur de France auprès de l’ONU, François Delattre (dont Soir Américain annonçait mercredi la mutation en cours) devra être logé ailleurs.

François Delattre nommé à l’ONU

M. François Delattre, ambassadeur de France au Canada de 2008 à 2011, qui avait été nommé ambassadeur aux États-Unis en 2011, rejoint l’ONU, indique ce mercredi 11 juin un communiqué relatif au conseil des ministres du jour.

M. Delattre a été en poste à Bonn (Allemagne) de 1989 à 1991, où il suivait notamment des dossiers liés à la réunification.

Nommé à la Direction des Affaires stratégiques et du désarment au Quai d’Orsay (1991-1993), puis au cabinet du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé (1993-1995), il avait notamment en charge le suivi des questions de défense et de sécurité européennes et transatlantiques.

En 1998, François Delattre a quitté le Quai d’Orsay, cette fois pour l’Amérique du Nord. Jusqu’en 2002, il était directeur du service de presse et de communication de l’Ambassadeur de France à Washington. Après un bref retour à Paris -il a été directeur-adjoint de cabinet du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin de 2002 à 2004, M. Delattre était muté à New-York comme Consul général jusqu’en 2008.

De 2008 à 2011, ce diplomate s’est retrouvé Ambassadeur de France au Canada, avant d’être nommé en février 2011 Ambassadeur de France aux États-Unis. Âgé de cinquante ans, il quitte désormais Washington pour l’ONU, dont le siège est à… Manhattan, comme le Consulat général de France qu’il a quitté voici trois ans.

Pour mémoire, la résidence de l’ambassadeur de France auprès de l’ONU fait partie des propriétés que la République cherche à vendre à l’étranger.

Pauline Carmona nommée à San Francisco

Pauline Carmona est nommée consule générale de France à San Francisco, en remplacement de Romain Serman, qui avait pris ses fonctions en août 2010.

Conseillère des Affaires étrangères hors classe, Mme Carmona était depuis 2012 sous-directrice des personnels contractuels à la DRH de l’administration centrale du Quai d’Orsay.

Lorsque Alain Juppé était le chef de la diplomatie française, elle était la responsable de la mission de la gouvernance démocratique à la direction de l’économie globale et des stratégies de développement du MAE.

Fonctionnaire du MAE (dix-sept ans en mai 2012 lorsqu’elle a été faite chevalier de la Légion d’honneur), Pauline Carmona a déjà travaillé six ans à l’étranger.

Depuis mars 2012, Mme Carmona siégeait au conseil d’administration de l’AEFE comme représentante du MAE.

Pourquoi voulez-vous rencontrer un parlementaire de l’opposition?

Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé, sera dans la banlieue de Québec dans une semaine. Il est annoncé comme intervenant le vendredi 13 lors du 6e Colloque international sur la gestion des risques, auquel participent notamment des Canadiens, des Québécois, des Français et des Belges. Mais le Consulat général de France à Québec a une autre façon de présenter la chose…

Un courriel expédié hier aux ressortissants français inscrits au consulat et leur proposant de participer à un cocktail indiquait ceci:

Le Consulat vous informe de la prochaine visite à Québec, dans le cadre
d’un voyage d’études, de M. Xavier Bertrand, ancien ministre, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).
M. Bertrand serait heureux d’inviter les membres de la communauté française qui le souhaitent à une rencontre. Celle-ci se tiendra, sous la forme d’un cocktail, vendredi 13 juin de 17 à 19 heures.
Le Consulat vous serait reconnaissant de bien vouloir lui faire part de votre
intérêt pour cette rencontre, en précisant vos motivations, dans la mesure du possible.

Il convient de savoir que, lorsqu’une personnalité vient à Québec, ce sont les services du protocole qui généralement s’occupent de son agenda. Ainsi, une rencontre prévue entre Soir Américain et Frédéric Lefebvre avait été annulée en mars dernier peu après que le rendez-vous avait été fixé. Lorsque le même Frédéric Lefebvre, député de la 1e circonscription des Français de l’étranger, se déplace à Montréal, c’est l’UMP qui gère son agenda, nous avait expliqué à cette époque un responsable de ce parti.

Mais c’est la façon qu’a le Consulat général de présenter la chose qui ne manque pas de surprendre:
– d’une part, il est question de « voyage d’études » sans aucune précision
– d’autre part il faut « dans la mesure du possible » préciser les « motivations » qui font que l’on répond à cette proposition de rencontrer Xavier Bertrand.

De la part des services diplomatiques, supposés être particulièrement neutres, c’est d’autant plus choquant que ce n’est pas non plus dans les mœurs lorsque vient un ministre ou le député de la circonscription. Du reste, M. Bertrand, outre qu’il a été ministre de la Santé, est un parlementaire de l’opposition qui est censé représenter l’ensemble des Français, même s’il est élu sur un territoire.

Une rapide recherche (pas sur le site du député, qui reste discret sur ce point) montre que Xavier Bertrand interviendra le vendredi 13 juin en fin d’avant-midi sur le thème de la « Présentation d’un partenariat pour le Village québécois de la prévention« .

Assureur de profession, Xavier Bertrand a reçu en novembre 2013 -à l’occasion d’un colloque sur le thème de « la ville face aux risques et défis à venir » organisé sous l’égide de la ministre du Commerce extérieur de l’époque Nicole Bricq- le Label Gestion des risques territoriaux. La ville de Saint-Quentin (dans l’Aisne) qu’il administre a créé un poste de « risk-manager« .

Il s’est par ailleurs déclaré dès septembre 2012 candidat à la primaire UMP pour l’élection présidentielle de 2017.

Comme il « serait heureux« , selon le Consulat général de France à Québec, « d’inviter les membres de la communauté française qui le souhaitent à une rencontre« , voilà au moins deux « bonnes » raisons à invoquer pour « se justifier » auprès des autorités françaises. Reste que l’on ne sait pas ce qui sera fait des « lettres de motivation« .